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Interview de Guillaume Bégué, maire de Liffré

Rencontre avec Guillaume Bégué, maire de Liffré à-propos  de la plateforme de concertation numérique.

La ville de Liffré (7500 habitants, située dans l’Ille-et-Vilaine) commence à avoir recours à la concertation numérique en complément des dispositifs physiques existants. Entretien réalisé au mois de mars 2018.

Quels sont les dispositifs physiques en place dans votre ville favorisant le dialogue avec les citoyens ?

La ville de Liffré est particulièrement attentive au fait d’être à l’écoute de ses habitants. Divers dispositifs ont été mis en place pour répondre à cette exigence : temps de rencontre avec les élus (sur rendez-vous ou lors de réunions diverses), réunions de concertation, réunions publiques d’information, rencontres lors du bilan des actions menées, commissions extra-municipales, comités consultatifs (CCAS, budget) ou encore via les comités de pilotage de projets tels que le Plan local d’urbanisme (PLU).

Quels sont pour vous les avantages de ces dispositifs ?

Ces dispositifs physiques renforcent le fait d’être à l’écoute des habitants et de les impliquer dans la vie de la ville. Cela les encourage à réfléchir au sujet de nos politiques et de les solliciter sur les choix que nous pouvons faire avec eux, notamment à propos des actions sociales. Il faut que les décisions de la municipalité soient expliquées et comprises, c’est pour cela que nous les consultons au préalable. Enfin, cela permet aussi de prendre en compte les idées et les expertises de chacun dans le processus de décision.

Quels sont pour vous les limites de ces dispositifs ?

Les dispositifs physiques sont confrontés à des difficultés pour mobiliser certains habitants. Nous retrouvons par exemple souvent les mêmes citoyens lors des rencontres. Il nous faut donc mobiliser de nouveaux moyens pour toucher davantage d’habitants lorsque ceux-ci ne peuvent ou n’osent pas venir vers nous.

Quelles concertations numériques avez-vous déjà mené avec iD CITY ?

À ce jour, nous avons juste mené une concertation en interne afin de faire connaître l’outil aux élus et aux agents de la commune, au sujet du repas de fin d’année et des temps de convivialité. Un projet de concertation citoyenne via un volet numérique est à l’étude pour fin mars / début avril 2018.

Quels sont selon vous les avantages d’utiliser une plateforme numérique pour associer les citoyens ?

Je dirais que le principal avantage est que cela permet de toucher plus d’habitants et notamment ceux que nous avons moins l’habitude de voir. De plus, cela rend possible une plus grande diversification des modalités de contacts et de concertation. Enfin, cela permet aussi à chacun de donner son avis au moment où il est disponible.

Quels résultats et avantages obtenez-vous avec iD CITY en complémentarité des dispositifs physiques existants ?

Pour le moment, nous n’avons pas encore le recul nécessaire pour mesurer l’impact du recours à une concertation numérique. Nous aurons un premier retour concret sur expérience après avoir lancé une première consultation via ce nouvel outil.

Sur quels prochains projets pensez-vous mener une concertation incluant un volet numérique ?

Parmi les projets en cours, non validés à ce jour, nous souhaitons récolter l’avis des habitants à propos de leur perception de la notion de citoyenneté. Nous allons également lancer une consultation numérique au sujet de la rénovation du centre-ville de Liffré au printemps 2018.

En quoi le recours à des concertations numériques peut-elle faire évoluer la manière de gérer les collectivités ?

Dans les dispositifs de gouvernance territoriale et avec l’appui d’outils web spécifiques et collaboratifs, les concertations numériques étendent, sans les remplacer, les capacités d’interaction avec les agents (en interne) et les citoyens (en externe). Elles peuvent aider à structurer le débat tout au long du processus de décision, ainsi qu’à garder le lien et permettre un accès à l’information sur l’état d’avancement des projets.

En quoi les concertations numériques peuvent-elles contribuer à renforcer le lien de proximité entre élus, agents et citoyens ?

Le recours à des concertations numériques peuvent contribuer à renforcer le lien de proximité entre élus, agents et citoyens car elles permettent d’intégrer les habitants aux orientations des politiques et des projets locaux qui leur sont destinés. Le lien de proximité est encouragé par l’interactivité et la quasi-instantanéité qu’offre ce type de consultation dématérialisée. Néanmoins, cela nécessite aussi de s’assurer de la bonne accessibilité à ces outils, parfois mise à mal par la fracture numérique.

Budget participatif : les origines

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Lorsque l’on retrace l’historique des premières initiatives de budgets participatifs ou même de démocratie locale, l’exemple de Porto Alegre est souvent le premier à être cité. Pour mieux comprendre les raisons de la mise en place du premier budget participatif au monde, il est nécessaire de bien resituer le contexte historique et politique du Brésil dans les années 1980.

En 1985, la dictature militaire prend fin au Brésil après 21 années pendant lesquelles corruption et clientélisme sont devenus monnaie courante. Le pays se reconstruit progressivement en rédigeant notamment une nouvelle constitution dans laquelle est inscrit pour la première fois, le concept d’exercice direct de la souveraineté du peuple.
Olivio Dultra, du Parti des travailleurs, est élu en 1988 à la municipalité de Porto Alegre, capital de la province du Rio Grande do Sul et ville de plus d’un million trois cent mille habitants. Il est animé par une forte volonté d’amélioration de la vie quotidienne des plus pauvres et de rendre un pouvoir décisionnel aux citoyens. La première expérience de budget participatif apparaît en 1989.

Un succès progressif

La ville a été divisée en secteurs régionaux et thématiques pour permettre une participation populaire, universelle et direct. L’organisation du budget participatif est composée de plusieurs strates.
Le premier niveau de réflexion est animé par des associations thématiques ou bien, le plus souvent, par des associations d’habitants. Ces associations sont composées, en grande partie, d’habitants issus de catégories sociales moyennes et pauvres. Au cours des réunions, les problèmes spécifiques du quartier sont évoqués et les priorités sont définies.

Le deuxième stade est celui des assemblées plénières, pendant lesquelles toute personne intéressée peut participer. Lors de ces assemblées, des délégués du budget participatif sont élus. Ces derniers éliront à leur tour des conseillers du budget participatif qui prendront part au Conseil du budget participatif.
L’organisation et la mise en place du budget participatif ont été amené à évoluer au fil des années. Sont par exemple apparus en 1994, des assemblées thématiques au nombre de six. Elles avaient pour but d’aborder des thèmes qui n’étaient pas spontanément présentés par les associations de quartier et qui n’impliquent donc pas certaines parties de la population (les jeunes, les professionnels de la santé, les acteurs économiques etc.)

Bien que le succès soit timide les premières années ( 780 participants la première année), l’amélioration progressive du système mis en place et la persévérance de la municipalité ont permis d’atteindre la participation de plus de 18 500 personnes en 2001.

De multiples impacts

L’initiative a eu un impact positif sur toutes les parties prenantes de la ville à différents niveaux. Pour les élus, un nouveau lien à été créé avec les citoyens. Le budget participatif a permis de mieux appréhender les besoins et les souhaits de la population. Pour les techniciens, le recueil d’information est optimisé. Pour les citoyens, c’est le moyen de découvrir le fonctionnement de la collectivité, ainsi que les contraintes qui lui sont propres. Le budget participatif incite à la mobilisation et à la responsabilisation des citoyens. Il permet une plus grande transparence dans la gestion des budgets municipaux et un contrôle dans l’application des décisions. De plus, ce sont majoritairement les personnes les plus défavorisées qui se sont mobilisées. Elles ont donc été les premières à bénéficier des mesures adoptées. Le budget participatif s’avère donc être un dispositif inclusif des populations exclues de la politique traditionnelle.

La dimension politique est indéniable dans la mise en place du budget participatif. Bien sûr, le contexte historique y est pour beaucoup. De ce fait, le projet ayant débuté en 1989 après l’élection du candidat du Parti des Travailleurs en 1988, il a été reconduit d’année en année avec toujours plus de succès et de participation.
Ceci étant, le Parti des Travailleurs subit un échec électoral en 2004. L’usure du pouvoir, une certaine insatisfaction de la classe moyenne et la promesse de maintien du budget participatif par l’opposition expliquent, en partie, cette défaite. Le budget participatif fut maintenu, mais intégré à un nouveau processus : la gouvernance solidaire locale. Mais cette nouveauté ne se montre pas aussi efficace. La distance entre les citoyens et leur pouvoir décisionnel se creuse.

Quel est l’héritage de Porto Alegre aujourd’hui ?

Bien que le budget participatif de Porto Alegre ait progressivement perdu de son influence, de nombreuses municipalités brésiliennes se sont inspirées de cette initiative. De nouveaux budgets participatifs ont commencé à émerger. Les Forums Sociaux Mondiaux (2001, 2003, 2004) à Porto Alegre ont d’ailleurs contribué à la diffusion du modèle à travers le monde. En France, les premiers budgets participatifs apparaissent dès le début des années 2000. Comme à Porto Alegre, les premières initiatives françaises sont basées sur un registre idéologique, dont la perspective est la justice sociale.
Au fil des années, les budgets participatifs se sont inscrits dans une nouvelle logique. De nos jours, les initiatives existantes en France visent à booster la participation citoyenne. Sa dimension de justice sociale est moins présente mais certaines communes favorisent spécifiquement les quartiers les moins favorisés, à l’image de Porto Alegre.
Bien que pionnière, l’initiative brésilienne n’est pas tout à fait réplicable pour les communes qui désirent s’engager dans ce type de démarche de participation citoyenne.
Néanmoins, les expériences françaises de budgets participatifs se multiplient et rencontrent du succès. En guise d’exemple chiffré, l’édition 2017 du budget participatif de Lanester c’est : 14% des habitants inscrits sur la plateforme, 93 projets déposés, 6 000 avis citoyens et 1540 participants à la phase de vote. Un succès qui sera accompagné d’autres !