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iD Citoyennes : une give box pour donner une seconde vie aux objets quotidiens

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Rencontre avec Anthony, porteur d’un projet de l’édition 2017 du budget participatif de Talence

Anthony est porteur d’un projet de give box dans le cadre de l’édition 2017 du budget participatif de la Ville de Talence. L’idée lui est venue lors de sa mission de service civique au CROUS de Bordeaux. Son rôle était de sensibiliser les étudiants au développement durable. Il a profité du budget participatif de sa commune pour attirer l’attention des Talençais sur ce sujet.

Une give box (“boîte à donner” en français), est une cabine installée sur l’espace public et dans laquelle les habitants peuvent “déposer des objets ou des vêtements de taille moyenne, pas plus gros qu’un micro-onde”. L’objectif est de “redonner une seconde vie à des objets dont on n’a plus l’utilité” mais qui pourraient servir à d’autres personnes “plutôt que de le jeter”.

Source : https://www.facebook.com/Givebox

Les give box contribuent ainsi à réduire les déchets et à préserver nos ressources naturelles. Anthony a élaboré son projet en prenant le soin de garantir une répartition géographique et sociale équitable du territoire : “il y a des give box sur trois zones et trois quartiers avec une population différente. Une en centre ville, une autre dans un endroit pavillonnaire et une dernière dans un quartier populaire et plus dense”.

Le porteur de projet nous confie qu’il n’a “pas fait grand chose” pour que son projet soit choisi par les Talençais. Il a fait un peu de publicité sur ses réseaux sociaux personnels mais il s’est surtout appuyé sur la communication menée par la Ville de Talence : “les services de la mairie qui s’occupaient du budget participatif ont créés et imprimés des affiches de présentation des projets avec des photos et un texte explicatif”. Les porteurs de projets ont également été conviés à une réunion pour présenter leurs idées aux habitants.

Un contact continu avec la Ville

A l’issue de la phase de vote, Anthony a été “mis en contact avec le service développement durable de la Ville de Talence tout au long du processus”. Il est fréquemment consulté sur les avancées du projet et a notamment choisi l’emplacement exact des give box dans les quartiers d’implantation. Elles seront installées au cours du mois de septembre.

Enfin, Anthony se réjouit que la Ville de Talence propose un budget participatif. Selon lui, “souvent on se plaint que dans des grandes villes, en tant que citoyen, on n’a pas forcément le pouvoir d’agir”. Avec une enveloppe de 350 000 euros en 2018 et une population de 42 171 habitants, le budget participatif de la Ville représente 8.30€ par habitant. Une enveloppe qui a permis à Anthony de concrétiser son projet bénéfique pour la planète !

Analyse critique des budgets participatifs. Entretien avec Gilles Pradeau.

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Les démarches de budgets participatifs se sont multipliées en France ces dernières années. iD City a échangé avec Gilles Pradeau, doctorant de l’université de Westminster, qui réalise une recherche comparative des budgets participatifs français et brésiliens pour décrypter ce phénomène. Dans cette série de deux articles, nous vous proposons une analyse critique des budgets participatifs français. Entretien réalisé au cours du mois de septembre 2018.

Un contexte technologique favorable

Depuis les dernières élections municipales de 2014, le nombre de budgets participatifs en France a considérablement augmenté. Le nombre de démarches de ce type est passé de 4, en 2014, à près de 110 aujourd’hui. Selon Gilles Pradeau, le principal facteur d’explication est “un contexte technologique porteur”. Le plus souvent, les collectivités utilisent le numérique pour “collecter les idées par des formulaires d’envoi de mail”. La technologie facilite donc la phase de dépôt des projets mais n’est pas toujours synonyme de plus de transparence car les projets soumis ne sont pas toujours publics. Seulement 13%* des cas permettraient aux citoyens de commenter les projets soumis grâce à une plateforme numérique de budget participatif.

Gilles Pradeau explique également le développement des budgets participatifs par l’essoufflement d’un autre dispositif de participation : les conseils de quartiers. Il a calculé que “57% des villes de plus de 100 000 habitants ont un budget participatif”. Face aux vieillissants conseils de quartiers, le budget participatif est un moyen de redynamiser la participation citoyenne des pôles métropolitains : “les villes centres sont toujours à la recherche des dernières idées innovantes pour améliorer la communication avec leurs citoyens”. Néanmoins, Gilles Pradeau juge que ce phénomène est assez ambivalent. D’un côté, “on redonne un peu de poids aux citoyens” et de l’autre “il y a des baisses de dotations de l’Etat” qui augmentent les contraintes budgétaires des collectivités. Si bien que le budget participatif donne “un coup de projecteur sur une petite enveloppe du budget total alors que par ailleurs d’autres choix plus drastiques sont pris sur 99% du budget restant”.

L’écoute sélective des budgets participatifs

En matière de transparence, les budgets participatifs sont généralement assez peu exemplaires. Gilles Pradeau observe que “sur l’ensemble du budget des collectivités, il n’y pas d’effort de pédagogie en parallèle des budgets participatifs”. De nouveau, le contexte technologique est pourtant favorable avec l’essor des plateformes d’open data mais les collectivités ne s’en sont pas véritablement emparées.

De plus, les démarches en elles-mêmes ne sont pas toujours très transparentes dans leurs fonctionnements : “il y a une grosse marge de progrès à avoir, notamment sur la manière dont les projets sont réellement choisis”. Notre interlocuteur a calculé qu’en 2017, “la Ville de Paris a recalé près de 82% des projets déposés par les citoyens entre le moment où les suggestions sont faites et celui où on passe au vote”. (La Mairie de Paris ne partage pas cette analyse et nous a fourni ses chiffres. Voir encart en bas de l’article).

Ainsi, malgré des critères explicitement indiqués dans les règlements, il existerait parfois “un filtre qui ne porte pas son nom”. Gilles Pradeau précise : “ce sont des cas typiques d’écoute sélective, comme le dit Sintomer. Derrière un processus qui paraît très ouvert, il y a pleins de choix qui s’opèrent pour ne sélectionner que les projets qui plaisent à la municipalité. Que ce soit au niveau politique ou technico-administratif”.  

Le principal défaut mentionné des budgets participatifs français est un manque de justification des projets recalés : “la plupart des budgets participatifs ne communiquent absolument pas sur les raisons pour lesquelles les projets ont été recalés”. Quand c’est le cas, cette information est la plupart du temps réservée au porteur du projet concerné et ne fait pas l’objet d’une communication publique. Parfois, cette information est diffusée uniquement lors de réunions publiques et non sur les sites web des collectivités ou les plateformes de budget participatif.

Des processus délibératifs sous-exploités

Lors d’un budget participatif, la délibération peut se matérialiser sous différentes formes. La première est “une dimension en ligne comme iD City, qui permet de commenter les propositions tout au long de la démarche”. Gilles Pradeau juge nécessaire de coupler l’usage d’une solution de budget participatif avec l’organisation de réunions publiques. Selon ses observations, elles sont souvent animées par des tiers mais il a vu qu’il était “encore assez courant que ces réunions continuent d’être présidées et animées par des élus”. En particulier dans les petites villes qui ne disposent pas toujours de services dédiés au budget participatif.

Le plus souvent, la délibération est assurée par des réunions visant à échanger autour des projets proposés par les citoyens. Cependant, Gilles Pradeau estime que cette manière de faire n’est pas la meilleure : “le biais des budgets participatifs français est de discuter des projets d’emblée, sans discuter des besoins”. Il prend l’exemple de la commune de Couhé (86), qui travaille avec une facilitatrice pour faire une liste des besoins avec les habitants. A partir des besoins recensés, les habitants proposent ensuite des projets associés.

A Porto Alegre, une réflexion similaire existe. Gilles Pradeau en a été témoin : “là-bas il y a une vraie réflexion sur les priorités. A savoir ce qui est prioritaire entre la rénovation urbaine ou la vie culturelle par exemple”. Il regrette que cette manière de faire soit quasiment inexistante en France : “les budgets participatifs en France, que l’on regarde comment se construisent les projets et la manière dont est fait le vote, il n’y a jamais cette discussion pour politiser les gens au sens noble, pour échanger sur la vie de la cité et en termes de dépenses publiques”. Il estime que les budgets participatifs ne devraient pas se contenter d’être des “boîtes à idées sur laquelle on va voter pour des projets” mais également contenir un objectif pédagogique fort. Ceci pour pallier à la méconnaissance du fonctionnement de l’action publique et du budget des collectivités en particulier.

* : Gilles Pradeau, Participatory budgeting un France : Opening local budgets or lipservice ?

Retrouvez dans quelques semaines la suite de notre entretien avec Gilles Pradeau ! Pour ne rien rater, suivez nous sur les réseaux sociaux : Twitter et Facebook.

Lien vers le cours vidéo “concevoir un budget participatif” réalisé par Gilles Pradeau pour le Master “ingénierie de la concertation” de l’université Paris I Panthéon-Sorbonne.

N’hésitez pas à nous contacter pour en savoir plus sur notre plateforme de budget participatif !

 

Sur les 2446 projets déposés en 2017, 905 ont été soumis au vote, après avoir été, pour certains, regroupés par le biais d’ateliers de co-construction notamment. De ce fait, les 484 projets affichés sur nos bulletins de vote relevaient pour partie de regroupements. Ces regroupements sont eux-mêmes organisés à la suite d’analyses qui montrent leur utilité pour garantir la lisibilité des bulletins de vote et l’appropriation de ce processus par un large nombre de Parisien.ne.s. Au final, c’est donc 63% des projets qui sont refusés, et non 82%. Sur ces 63% de projets refusés, soit 1541 projets : 1052 (68%) le sont car ils ne répondent pas aux règles –énoncées en toute transparence au moment du dépôt des propositions- de recevabilité (projet d’investissement relevant des compétences de la Ville, contribuant à l’intérêt général et n’induisant pas de coûts de fonctionnement trop élevés). En bref : dès lors qu’ils sont recevables, 2 projets sur 3 sont faisables et mis au vote.

Le service de la participation citoyenne de la Ville de Paris

Interview de Nicolas Bernard, responsable du service développement durable / agenda 21 de la Ville de Concarneau

Rencontre avec Nicolas Bernard sur la concertation numérique à Concarneau

La ville de Concarneau (19200 habitants, située dans le Finistère) a recours à la concertation numérique en complément des dispositifs physiques existants. Rencontre avec Nicolas Bernard, responsable du Service Développement Durable / Agenda 21 à la Mairie. Entretien réalisé au cours du moins de février 2018.

Quels sont les dispositifs physiques en place dans votre ville favorisant le dialogue avec les citoyens ?

Nous avons mis en place des conseils de quartier afin de favoriser le dialogue avec les citoyens, que nous complétons avec des enquêtes publiques et des réunions publiques le cas échéant. Pour certains projets, nous prévoyons des dispositifs spécifiques, comme des groupes de travail ou des ateliers citoyens, mais ces derniers restent relativement rares.

Quels sont pour vous les avantages de ces dispositifs ?

Si je prends l’exemple des conseils de quartier et des réunions publiques, ils permettent de créer des espaces de dialogues, de rencontres et d’écoute mutuelle entre la ville et ses habitants. En cela, les dispositifs physiques permettent d’informer les citoyens. Pour ce qui concerne les enquêtes publiques, cela relève du réglementaire et des procédures.

Quels sont pour vous les limites de ces dispositifs ?

La diversité des habitants touchés par ces dispositifs physiques reste faible et, au final, peu représentative. De plus, ils peuvent refléter des formats parfois peu dynamiques, qui demandent en outre un savoir-faire en médiation. La pédagogie du “travailler ensemble” et de la concertation demande un temps long pour arriver à dépasser l’intérêt individuel et le côté “liste de doléances” que peuvent susciter ce type de dispositifs.

Quelles concertations numériques avez-vous déjà mené avec iD CITY ?

Avec la plateforme numérique proposée par iD CITY, nous avons mis en place un recueil de propositions d’actions auprès des habitants dans la phase d’élaboration de l’Agenda 21 local. Nous avons réitéré l’expérience dans le cadre de la modification du zonage du plan local d’urbanisme d’un quartier de Concarneau, en l’occurrence le quartier Foch.

Quels sont selon vous les avantages d’utiliser une plateforme numérique pour associer les citoyens ?

Avoir recours à une plateforme numérique permet de se donner les moyens de toucher un public plus large et plus diversifié. Cela crée également une dynamique davantage en phase avec l’échange d’informations via les réseaux sociaux. Parmi les avantages, il y a aussi celui d’investir un champ de la concertation qui est complémentaire des dispositifs physiques et adaptés à de nouveaux rythmes de vie. L’utilisation d’un volet numérique est proactif car il permet d’aller au devant des habitants et de faciliter leur participation.

Quels résultats et avantages obtenez-vous avec iD CITY en complémentarité des dispositifs physiques existants ?

Concrètement, grâce à la complémentarité de la plateforme numérique, plus d’une centaine de personnes non habituées des dispositifs physiques classiques se sont exprimées, pour un total de 100 propositions pour l’Agenda 21 (et autant de commentaires, avec seulement deux modérations nécessaires !) et autant pour la concertation sur le quartier Foch.

Sur quels prochains projets pensez-vous mener une concertation incluant un volet numérique ?

Nous projetons de mener une concertation sur le réaménagement des abords de l’espace jeune, ainsi que pour le projet de réaménagement de la place du Général de Gaulle située en centre-ville.

En quoi le recours à la concertation numérique peut-il faire évoluer la manière de gérer les collectivités ?

Le recours à des concertations numériques fait évoluer la manière de gérer une collectivité car elles participent à la modernisation du service public. Elles contribuent aussi à la prise en compte de la parole citoyenne. Or nous constatons une demande de plus en plus forte de la part des habitants à ce sujet.

En quoi la concertation numérique peut-elle contribuer à renforcer le lien de proximité entre élus, agents et citoyens ?

Les concertations numériques peuvent contribuer à renforcer le lien de proximité entre élus, agents et citoyens à la condition que la concertation s’inscrive dans un ancrage local avec une réelle contribution à la prise de décision par les élus au final. Elles peuvent aussi faciliter l’acceptabilité sociale et changer le regard des habitants, non seulement sur les agents municipaux mais aussi sur les projets municipaux. Elles ne peuvent que renforcer le sentiment d’être à l’écoute en donnant aux habitants les moyens concrets de pouvoir participer à une concertation citoyenne, dans un cadre avec des règles du jeu claires et définies à l’avance pour éviter tout risque de démagogie.

Super Saillans : une anomalie démocratique ? (2/2)

Notre échange avec Tristan Rechid, initiateur de la méthode de gouvernance partagée de la commune de Saillans, continue. Vous pouvez (re)découvrir les caractéristiques de sa méthode participative et l’actualité de la commune dans le précédent article. Au programme : la nécessité de diffuser la culture de la participation chez les citoyens, la diffusion du modèle de Saillans et le symptôme que sa médiatisation révèle.

Une culture de la représentation profondément intériorisée

L’exemple de Saillans est riche en enseignements car c’est vraisemblablement un des contextes locaux français les plus favorables au développement de la participation citoyenne et pourtant la municipalité rencontre également des difficultés à élargir ses publics. Selon Tristan Rechid, la principale cause est « éducative et culturelle ». Une partie des Saillansons seraient encore imprégnés des anciennes pratiques de gouvernance verticale et d’une « sacralisation de l’élu tout puissant ». De leur point de vue, des élus ont été choisis et les habitants n’ont plus à se charger de la vie publique locale et viendront « râler quand ils ne seront pas d’accord avec les décisions ». Ainsi, une bonne partie des citoyens ne verraient pas l’intérêt de la participation citoyenne.

En cause, une « culture jacobine » qui conduit les citoyens à rechercher un « chef ». Tristan Rechid met en cause cet héritage qui a « réussi à mettre dans la tête de l’essentiel des habitants qu’ils n’ont pas l’expertise et qu’ils ne sont pas légitimes pour penser les affaires publiques. On leur a demandé de rester dans leurs affaires privées et de laisser les affaires publiques à une partie de la population qui finit par décider de tout sans prendre le moindre avis ». Un des enseignements de l’expérience de Saillans, c’est que les héritages culturels semblent, à court terme, avoir plus d’influence sur les citoyens que les discours politiques aussi volontaristes soient-ils. Dans cette perspective, il sera intéressant d’observer si les jurys citoyens mis en œuvre à Saillans parviendront à diffuser chez la population une culture de la participation.

Elections municipales de 2020 : de nouveaux Saillans en perspective ?

A l’approche des élections municipales de 2020, se pose désormais la question de la diffusion du modèle de gouvernance partagée de Saillans. Est-ce qu’en 2020, d’autres communes pratiqueront une méthode similaire ? Pour cela, Tristan Rechid annonce qu’il existe un prérequis essentiel : « il ne suffit pas de former un groupe d’amis qui pensent la même chose et qui vont se présenter hors partis politiques. La question est de fabriquer un projet, un programme avec des gens qui ne pensent pas pareil ». L’élaboration d’un programme participatif nécessite de faire l’objet de « débats contradictoires et d’une écoute active » afin que les citoyens ne reproduisent pas la création d’un programme partisan classique.

Tristan Rechid a fait de la diffusion des méthodes de gouvernance partagée sa vocation et son activité professionnelle. Depuis trois ans, il parcourt les routes de France pour partager auprès d’autres groupes de citoyens les enseignements de Saillans et leur donner la boîte à outils nécessaire du changement. Concrètement, il les forme aux outils d’intelligence collective, de type sociocratie, et les « accompagne vers la première étape qui les mèneront vers la création d’une liste participative ».

Selon Tristan Rechid, dans plusieurs centaines de communes, des groupes de citoyens désirent mettre en place des méthodes de gouvernance partagée. Il en a accompagné, à lui seul, près d’une soixantaine. S’il existe de nombreux projets similaires aux quatre coins de l’hexagone, il est néanmoins impossible de savoir combien de ces groupes déposeront effectivement des listes participatives et combien remporteront les élections. Il faudra attendre 2020 pour avoir la réponse.

Nous pouvons également nous interroger sur les conditions de la diffusion des méthodes de Saillans à des communes d’une plus grande échelle. Entre une commune de 1 200 habitants et une autre de 20 000 habitants ou plus, il existe d’importantes différences organisationnelles, administratives, sociales, etc. Ce changement d’échelle est-il rédhibitoire ? Tristan Rechid affirme que non et pour cela il s’appuie sur l’exemple du mouvement municipaliste espagnol dont des communes comme Barcelone ou Séville font partie. Le mode de fonctionnement de ces villes n’est pas identique à Saillans mais elles ont comme point commun : « une vraie volonté de faire en sorte que la tête décisionnaire soit nourrie par la base ». Selon Tristan Rechid, ce modèle fonctionne grâce à sa proximité avec les citoyens. En effet, le projet politique de ce mouvement se décline en pratique par la mise en place d’assemblées locales de proximité. La clé de la participation dans les grandes villes serait de « découper son territoire en plusieurs parties, constituer des assemblées locales dans tous ces territoires et créer une assemblée décisionnaire centrale qui est composée de membres de chacune de ces assemblées locales qui ont été créées ». L’enjeu est de découper son territoire en zones qui ont du sens : « Faire une assemblée locale à l’échelle d’un arrondissement parisien ce serait complètement stupide. Ce serait considérer que tous les gens de l’arrondissement vivent dans leur quartier de la même manière donc ça ne peut pas fonctionner ». Le budget participatif de Porto Alegre avait à l’origine une organisation territoriale de ce type.

Saillans : symptôme d’une anomalie démocratique ?

En 2014, la commune de Saillans est devenue un objet médiatique. Ce soudain emballement interroge Tristan Rechid : « pourquoi est-ce qu’on parle autant de Saillans ? Saillans c’est une bande de beatnik pas formée, pas conscientisée, qui décide juste de changer un peu les choses ». Le constat est que malgré la multitude des dispositifs et démarches de participation en France, l’initiative de Saillans s’est distinguée. Sa spécificité : des moyens limités mais une volonté politique en béton armé. Selon notre interlocuteur, ce dernier point est fondamental et les outils et démarches participatives « n’ont pas de sens s’ils ne sont pas soutenus par une volonté politique claire et affirmée ».

Tristan Rechid regrette également que « la participation » demeure un « mot valise » dont « on ne sait pas trop de quoi on parle ». Il estime que beaucoup de municipalités font de « l’enfumage » et se contentent de démarches de consultation. Ce type de pratique est d’autant plus contre productif puisque « souvent les participants se rendent compte que les décisions sont déjà prises, qu’ils n’auront pas le moyen d’infléchir quoi que ce soit et ils cessent de venir ». En somme, la participation on en parle beaucoup mais il reste encore du chemin à accomplir pour que les pratiques soient à la hauteur des discours. Le fait que l’on parle autant de Saillans est révélateur d’une anomalie démocratique. Au sein d’une démocratie qui fonctionne, l’expérience de Saillans ne devrait-elle pas passer inaperçue ?

Nous remercions Tristan Rechid de nous avoir accordé du temps pour réaliser cet entretien. Pour en savoir plus sur son activité, cliquez ici : Démocratiesvivantes.com

Interview d’Alain Tuillière, maire de la Ville d’Aytré

Rencontre avec Alain Tuillière, maire de la Ville d’Aytré, à propos de la plateforme de budget participatif

En complément de dispositifs physiques ponctuels, la Ville d’Aytré (8 800 habitants, située en Charente-Maritime) utilise la concertation numérique dans le cadre du budget participatif afin de toucher un public le plus large possible. Rencontre avec Alain Tuillière, maire d’Aytré. Interview réalisée au cours du mois de février 2018.

Quels sont les dispositifs physiques en place dans votre ville favorisant le dialogue avec les citoyens ?

Nous n’avons pas de dispositifs physiques réguliers favorisant ces échanges. Par contre, nous travaillons beaucoup avec les associations de quartier qui assurent un lien entre les administrés et la Ville. Nous organisons également des réunions publiques ponctuelles pour créer des espaces de dialogue avec les citoyens.
Concernant le budget participatif pour lequel nous avons mis en place un volet numérique afin de mener à bien la concertation citoyenne, nous avions par exemple prévu une urne géante sur la place de la Mairie afin de prévoir un point de collecte disponible 24 heures sur 24.

Quels sont pour vous les avantages de ces dispositifs ?

Les dispositifs physiques restent nécessaires, notamment pour pallier à la fracture numérique et ne pas exclure les habitants qui n’ont pas accès à Internet et qui ne sont pas équipés pour pouvoir participer à une concertation numérique.

Quels sont pour vous les limites de ces dispositifs ?

Les dispositifs physiques restent laborieux : si l’on reprend l’exemple de l’urne, cela nécessite de saisir ensuite, au sens informatique du terme, chaque bulletin récolté pour valoriser leur prise en compte dans le cadre de la consultation sur le budget participatif. Privilégier les votes numériques permet donc un gain de temps et d’efficacité non négligeable puisque cela évite les saisies manuelles, dans un contexte où les budgets de fonctionnement d’une ville sont restreints du fait des baisses de dotation de l’État.

Quelles concertations avez-vous par exemple mené avec iD CITY ?

À ce jour, nous avons mené deux concertations via la plateforme numérique d’iD CITY au sujet du budget participatif.

Quels sont selon vous les avantages d’utiliser une plateforme numérique de budget participatif ?

À l’échelle de notre ville, le recours à une plateforme numérique permet de simplifier la démarche et de toucher un public plus large et/ou absent à nos réunions publiques. C’est un moyen d’intéresser davantage les administrés à la chose publique. C’est l’une des solutions à ne vraiment pas négliger si l’on souhaite intéresser davantage les habitants d’une ville aux questions de citoyenneté. C’est aussi un outil de gestion de projet et d’archivage efficace puisque via une telle plateforme, toutes les informations sur une concertation sont réunies. C’est même indispensable pour accompagner de tels projets.

Quels résultats et avantages obtenez-vous avec iD CITY en complémentarité des dispositifs physiques existants ?

Lors des concertations sur les budgets participatifs, nous avons pu observer que la répartition des participants était plutôt équitable entre celles provenant des dispositifs physiques (l’urne géante située sur la place de la mairie) et celles issues de la plateforme numérique, avec un léger avantage tout de même pour cette dernière. Notre objectif est de renforcer cette tendance afin que la concertation numérique prenne le pas sur les dispositifs physiques.

Sur quels prochains projets pensez-vous mener une concertation incluant un volet numérique ?

Nous comptons mener une concertation incluant un volet numérique dans le cadre de la prochaine édition du budget participatif.

En quoi le recours à des concertations numériques peut-il faire évoluer la manière de gérer les collectivités ?

La consultation citoyenne se dématérialise progressivement. Il s’agit de modifier les usages et d’avoir recours à l’outil qu’est Internet tout en s’assurant de n’exclure personne de ces consultations. Le recours à une concertation numérique permet aussi de toucher des publics habituellement absents des dispositifs physiques, comme les jeunes ou les familles dont les parents mènent une vie active avec des enfants à charge et manquent donc de temps. Concrètement, ces publics sont plus à même de s’exprimer via un vote numérique que de se déplacer jusqu’à une urne située sur la place de la Mairie.

En quoi les concertations numériques peuvent-elles contribuer à renforcer le lien de proximité entre élus, agents et citoyens ?

Il s’agit d’une évolution des usages à intégrer pour être au plus proche des contraintes quotidiennes – notamment en terme de temps et de disponibilité – de nos administrés. La concertation numérique permet d’enlever des barrières à la prise de position et de parole puisqu’elle abolit les contraintes physiques. En ce sens, c’est aussi une forme de prolongement du magazine municipal qui est également gratuit et adressé à tous les habitants. Ce sont des supports qui permettent, chacun à sa manière, de toucher un public le plus large possible.

Super Saillans : commune la moins opaque de France (1/2)

La commune de Saillans (1 229 habitants) est arrivée subitement sous les feux des projecteurs des observateurs des innovations démocratiques au crépuscule des élections municipales de 2014. La raison : l’arrivée à la tête de la mairie d’une nouvelle équipe dont le crédo est « le politique c’est l’habitant ». Quatre ans après l’effet de surprise, iD City s’est entretenu avec Tristan Rechid, initiateur de la méthode de gouvernance partagée de Saillans, pour échanger sur les évolutions et le devenir de ce modèle participatif.

Le soulèvement citoyen Saillansons

Le sursaut d’origine provient de la décision unilatérale du maire sortant d’accepter l’installation d’un supermarché à l’entrée du village. Cet élément déclencheur a sonné le ras-le-bol d’une importante partie du village quant à des méthodes jugées « autoritaires » par Tristan Rechid. A 6 mois des élections municipales de 2014, les habitants de Saillans n’avaient guère le choix puisque seule une liste se représentait : celle du maire sortant. En posant ce constat, un groupe d’habitants s’est réuni et s’est posé une question : « est-ce que nous souhaitons subir ce type de fonctionnement pendant six années supplémentaires ? ». La réponse était de proposer une alternative radicalement différente : « On était à 6 mois des élections, on organise une réunion et on dit aux gens qu’on n’a ni programme ni candidat ». Le crédo « le politique c’est l’habitant » prend ici tout son sens puisque les candidats désignés sur la liste municipale n’ont pas pour rôle de définir un programme et de le proposer, mais bien d’accompagner l’émergence d’un programme produit par les habitants eux-mêmes. Tristan Rechid nous précise que dès le départ « il y a un renversement de paradigme qui considère qu’il ne s’agit pas seulement de consulter les habitants, mais que ce sont aux habitants de définir la pensée collective ».

Une méthode de gouvernance participative inédite

Une fois élue, à la surprise générale, la nouvelle équipe municipale dont aucun membre n’avait déjà eu de mandats a pu développer et expérimenter de nouvelles pratiques. La méthode de gouvernance participative de Saillans s’appuie sur trois principes. Le premier, c’est la transparence, c’est-à-dire l’accès de tous à l’information municipale. La collégialité est un deuxième principe qui conduit à répartir le pouvoir entre les mains de plusieurs personnes et non dans les mains d’une seule. Enfin, la participation des citoyens à la gestion de la commune est le troisième principe fondateur. Ce dernier vise à reconnaître et légitimer aux yeux de l’institution municipale l’expertise d’usage des habitants. Pour autant, le recours à l’expertise d’usage des habitants n’est pas exclusif selon Tristan Rechid : « il ne faut pas non plus tomber dans l’extrême et dire que l’habitant détient toutes les expertises. On fait appel à des experts quand on en a besoin. Mais il faut reconnaître comme élément central et comme pivot l’expertise d’usage ».

Dès lors, comment se prennent les décisions à Saillans ? Tristan Rechid nous explique que le schéma théorique de Saillans n’exclut pas la démocratie représentative : « elle ne posait pas de problème si on considérait que l’élu intègre l’organe exécutif et qu’il ne fait que représenter la parole des habitants ». Les décisions se prennent donc toujours au sein de l’organe exécutif réglementaire d’une commune, le conseil municipal. Cependant, à Saillans, il est demandé aux élus de ne pas présenter leur opinion personnelle mais plutôt : « de venir avec le fruit du travail qu’ils ont co-animé durant les séquences de co-construction avec les habitants ».

L’architecture participative originale de Saillans est composée de quatre espaces participatifs. Les commissions thématiques traitent des différentes compétences de la commune et même de certaines compétences extra-municipales desquelles la commune ne souhaite pas être complètement dépossédée (compétence économique par exemple). Tristan Rechid les décrit : « dans les commissions thématiques le but du jeu est de faire un diagnostic sur la thématique et d’envisager trois projets d’habitants à mettre en œuvre dans l’année ». Les projets issus de la réflexion des commissions thématiques sont précisés et élaborés au sein des Groupes action projet (GAP) : « Le Groupe action projet est une instance de co-construction, ce n’est plus une instance d’analyse mais bien de la co-construction de projets mis en exergue par les commissions thématiques » souligne Tristan Rechid. Une fois que les GAP ont finalisé leurs projets, les commissions thématiques dressent un bilan et étudient de nouvelles pistes d’action.

Schéma du fonctionnement collégial et participatif de la commune de Saillans

Source : http://www.mairiedesaillans26.fr/

Parallèlement aux deux premiers dispositifs, le Conseil des sages, renommé Observatoire de la participation, veille à la politique participative de la commune, puis « fait figure de laboratoire d’expérimentations, de recherches et produit des rapports pour les élus pour essayer de répondre aux dysfonctionnements observés ». Enfin, le dernier dispositif phare du schéma municipal participatif de Saillans est le comité de pilotage. Le bureau exécutif (aussi appelé bureau municipal dans d’autres communes) au sein duquel le maire et les élus de la majorité prenaient toutes les décisions au quotidien, lors de l’ancien mandat, a été supprimé. Tristan Rechid complète : « On l’a remplacé par un comité de pilotage où sont réunis tous les élus, y compris de l’opposition. Ils se voient tous les jeudi soir de 20h à 23h. Ces séquences se font en présence de tous les élus et est ouverte au public ». L’architecture participative de Saillans est ainsi composée d’un savant assemblage de diagnostics citoyens, de phases de co-construction, d’évaluations, d’expérimentations et d’une importante dose de transparence.

Un jury citoyen pour redynamiser la participation citoyenne

Après quelques années d’expérimentation du schéma participatif de Saillans, l’Observatoire de la participation a identifié quelques limites : « La difficulté des projets émergents via les groupes actions projet c’est qu’on pouvait parfois être à côté des projets structurants et plutôt sur des sujets annexes ». Le risque était de tomber à leur tour dans les travers classiques de multiples dispositifs de participation qui ne traitent que de sujets secondaires à faible enjeux politiques. Afin d’éviter ceci, la municipalité a lancé l’expérimentation d’un jury citoyen pour élaborer le nouveau Plan Local d’urbanisme (PLU) de la commune. Tristan Rechid nous présente les motivations de mise en œuvre de ce nouveau dispositif : « L’idée du jury citoyen, c’est partir du constat que les élus ne sont pas forcément plus formés que le reste des habitants sur les questions d’urbanisme. Il n’y a aucune raison pour qu’on considère que les élus sont plus à même que les habitants de définir un PLU ». Afin de décliner cette idée en pratique, la commune a procédé à un tirage au sort pour élargir le dispositif à des habitants qui n’ont pas l’habitude de s’exprimer au sein des espaces participatifs. C’est aussi une garantie d’impartialité pour ne pas pouvoir être accusé d’élaborer un projet politiquement sensible entre sympathisants de la municipalité.

Ce processus de jury citoyen a débuté il y a un an et va plancher dessus pendant trois ans. Il est composé de cinq élus et de douze citoyens tirés au sort selon des critères d’âge, de répartition par quartier et selon la catégorie socio-professionnelle. Concrètement, le jury citoyen assiste à des formations sur l’urbanisme et effectue en parallèle un travail technique pour aboutir à la définition du nouveau PLU. Selon Tristan Rechid, ce processus délibératif permet l’empowerment des citoyens : « On permet à des habitants de se former sur des sujets complexes et ça permet aux habitants de commencer à toucher du doigts les arcanes du pouvoir et des prises de décisions dans une municipalité ». Si ce dispositif donne satisfaction, Tristan Rechid aimerait bien que la commune de Saillans l’utilise de nouveau sur d’autres sujets politiquement sensibles et l’intègre durablement dans ses pratiques.

De nombreux défis relevés et à venir

L’aventure de Saillans est ponctuée de défis vaillamment relevés. Un des plus remarquables est celui de la refonte des pratiques de transparence. Tristan Rechid affirme que Saillans est « la commune la moins opaque de France ». Nous ne pouvons le vérifier mais les actions réalisées soutiennent ce sentiment. Une des premières actions a été d’installer des panneaux d’affichages dans tous les quartiers du village, de sorte à assurer la diffusion des décisions prises. De même, un site Internet consigne l’ensemble des comptes rendus des réunions participatives menées (plusieurs centaines). Tristan Rechid précise la méthode : « Tout ce qui se passe à Saillans est consigné sur le site Internet avec des correcteurs bénévoles qui relisent tout et mettent en ligne ». La municipalité produit également une lettre d’information « mais non une lettre d’information de propagande » souligne notre interlocuteur. Ici, il ne s’agit pas de communiquer autour des actions menées par la commune mais de valoriser « les actions des habitants soutenues par la mairie ». Une subtilité qui a de l’importance et qui s’apparente à une des principales fonctions d’une mairie selon Tristan Rechid : « soutenir les projets des habitants, les projets intelligents, qui apportent une plus-value au village ». Une chose est certaine, si un habitant de Saillans cherche une information municipale, il la trouve.

Sur la dimension participation citoyenne, le laboratoire d’expérimentations de Saillans s’est appuyé pendant plusieurs années sur une équipe d’une vingtaine d’habitants volontaires pour animer les nombreuses réunions. Tristan Rechid a assuré quelques sessions de formation à ces habitants avant qu’ils se lancent dans le grand bain. Aujourd’hui, la mairie dispose d’un salarié en emploi aidé pour assurer les animations participatives. Vu le budget serré de la commune, la création de ce poste est une preuve supplémentaire que la participation citoyenne est une caractéristique fondamentale du projet politique de la municipalité. Dans la méthodologie de gouvernance partagée de Saillans, les réunions participatives sont préparées par un binôme composé d’un élu et d’un animateur. Pour garantir la sincérité des démarches, les réunions sont animées en tant que tel par les animateurs. Pour Tristan Rechid ce point est primordial car « on ne peut pas donner à la fois la possibilité de prendre la décision in fine et puis d’accompagner le processus de prise de décision ».

En terme quantitatif, les chiffres de participation de Saillans peuvent faire pâlir de nombreux élus et agents dédiés à la démocratie participative. Tristan Rechid affirme qu’une « centaine d’habitants sont plutôt actifs, voire très actifs » au sein des réunions participatives. Ce qui signifie qu’un habitant adulte sur neuf s’investit régulièrement pour la vie publique locale. Pourtant, ce chiffre qui explose les compteurs de participation de la plupart des communes ne satisfait pas notre interlocuteur : « De mon point de vue je ne trouve pas ça décevant mais je me dis que le chemin va être long ». Le radical changement de pratiques de Saillans a immédiatement séduit une partie de la population. Même une élue de l’opposition a « décidé de rentrer dans le jeu et être référente d’une commission thématique » en seulement six mois de bouleversements des pratiques.

Cependant, la méthode de gouvernance partagée semble se heurter à des facteurs culturels et éducatifs fortement ancrés chez une autre partie de la population (nous y reviendrons dans un prochain article). Le « bouleversement des consciences » souhaité par Tristan Rechid demande du temps et ne se produira que sur le moyen et le long terme. Hormis ces facteurs culturels, la municipalité se heurte plus classiquement au manque de temps disponible des habitants. Malgré l’essai de plusieurs jours et horaires de réunions, il demeure compliqué d’attirer les personnes ayant des contraintes professionnelles et familiales importantes.

En quatre ans d’existence, la méthodologie participative de Saillans a évolué au gré des expérimentations et des difficultés rencontrées. De nombreux défis et pistes d’évolution sont encore à venir et la municipalité conserve sa ligne de conduite : « le politique c’est l’habitant ». La spécificité de Saillans est finalement simple : la commune harmonise son discours et ses actions. Une politique identique en paroles et en actes. Néanmoins, dès l’arrivée au pouvoir de la nouvelle équipe municipale et de sa méthode, la commune de Saillans est devenue un objet médiatique. Cette attention soudaine des médias n’est-elle pas révélatrice d’une anomalie démocratique ? Nous tenterons de décrypter ce phénomène dans notre prochain article.

Nous remercions Tristan Rechid de nous avoir accordé du temps pour réaliser cet entretien. Pour en savoir plus sur son activité, visitez le site www.democratiesvivantes.com.

Retrouvez dans quelques jours notre prochain article. Pour ne rien rater, suivez nous sur les réseaux sociaux : Twitter et Facebook

Interview d’Yves Bleunven, maire de la Ville de Grand-Champ

Rencontre avec Yves Bleunven sur la concertation numérique à Grand-Champ

La ville de Grand-Champ (5 300 habitants, située dans le Morbihan) a recours à la concertation numérique en complément des dispositifs physiques existants. Rencontre avec Yves Bleunven, Maire de Grand-Champ. Entretien réalisé au mois de mars 2018.

Quels sont les dispositifs physiques en place dans votre ville favorisant le dialogue avec les citoyens ?

Parmi les dispositifs physiques existants, nous avons par exemple mis en place une boîte à idées numérique dans le but de favoriser le dialogue avec les citoyens. Nous organisons également des enquêtes et des réunions citoyennes de concertation de la population.

Quels sont pour vous les avantages de ces dispositifs ?

Ces dispositifs physiques permettent à chaque habitant d’être acteur de son quotidien. Ils favorisent l’émergence d’idées nouvelles en faisant fonctionner l’intelligence collective. En d’autres termes, ils enrichissent les champs des possibles en matière de concertation citoyenne.

Quelles sont pour vous les limites de ces dispositifs ?

Cette culture de la citoyenneté se heurte parfois à l’esprit « consommateur » des habitants du territoire.

Quelles concertations numériques avez-vous déjà menées avec iD CITY ?

Avec la plateforme proposée par iD CITY, nous avons par exemple mené des concertations numériques pour trouver un nom à la nouvelle salle de sport de notre ville. Nous nous en sommes également servis comme outil pour que les habitants puissent poser des questions à l’équipe municipale au moment du bilan à mi-mandat.

Quels sont selon vous les avantages d’utiliser une plateforme numérique pour associer les citoyens ?

Une plateforme numérique est plus ouverte et offre plus de possibilités au niveau de la modération des participations. Elle permet de faire davantage émerger les vraies attentes des citoyens.

Quels résultats et avantages obtenez-vous avec iD CITY en complémentarité des dispositifs physiques existants ?

À ce jour, les concertations numériques ont permis de récolter près d’une centaine d’idées déposées via la plateforme, dont un bon tiers qui ont vu le jour.

Sur quels prochains projets pensez-vous mener une concertation incluant un volet numérique ?

Nous comptons mener une concertation incluant un volet numérique dans le cadre du plan de requalification du bourg qui va déterminer le futur aménagement du centre ville, projet où trois pistes d’architecture urbanistique seront soumises aux avis aux citoyens.

En quoi le recours à des concertations numériques peut-il faire évoluer la manière de gérer les collectivités ?

Le recours à des concertations numériques a ce grand avantage qu’il permet de toucher des publics que l’on n’atteint pas avec les formats de consultation plus classiques. Nous pouvons ainsi mieux toucher les actifs qui sont très connectés mais qui ont peu de temps ou encore les personnes qui ne sont pas fans des grandes réunions. Nous avons aussi plus de la moitié de nos habitants qui vivent dans nos villages. Les concertations dématérialisées permettent de les impliquer malgré cette forme d’éloignement.

En quoi les concertations numériques peuvent-elles contribuer à renforcer le lien de proximité entre élus, agents et citoyens ?

Les concertations numériques contribuent à renforcer le lien de proximité entre élus, agents et citoyens car les échanges qu’elles suscitent ont lieu en direct via la plateforme. Quand nous recevons une idée, elle est directement confiée à l’élu(e) en charge du domaine. Celui-ci ou celle-ci entre ensuite en échange (par mail, rencontre, téléphone…) avec l’auteur de cette idée afin d’aller plus loin. Quand l’idée est réalisée – par exemple le projet de créer une association “l’outil en main”, l’auteur de cette dernière est en permanence mis en avant et impliqué dans sa réalisation.

Interview de Julie Dos Santos, chargée de communication numérique de la Ville des Mureaux

Rencontre avec Julie Dos Santos, chargée de communication numérique de la Ville des Mureaux

La ville des Mureaux (32 000 habitants, située dans les Yvelines) a recours à la concertation numérique en complément des dispositifs physiques existants. Rencontre avec Julie Dos Santos, chargée de la communication numérique à la Mairie. Entretien réalisé au mois de mars 2018.

Quels sont les dispositifs physiques en place dans votre ville favorisant le dialogue avec les citoyens ?

Afin de favoriser le dialogue avec les citoyens, nous avons des ressources humaines dédiées, à savoir des agents de développement local. Nous organisons également des réunions publiques et nous avons mis en place une application mobile à travers la rubrique « signalements » pour que les citoyens puissent faire monter des informations de manière spontanée.

Quels sont pour vous les avantages de ces dispositifs ?

Ces dispositifs physiques permettent de renforcer l’accompagnement des projets locaux dans le cadre des dispositifs de développement des territoires. Ils assurent également une meilleure coordination et animation du réseau des acteurs locaux.

Quelles sont pour vous les limites de ces dispositifs ?

La plupart du temps, ces dispositifs physiques ne concernent qu’une partie de la population. De plus, ils peuvent être très recentrés sur un même espace géographique, comme un quartier de la ville.

Quelles concertations numériques avez-vous déjà menées avec iD CITY ?

Nous avons mené plusieurs concertations numériques sur le projet « Les Mureaux 2030 » autour de cinq thématiques : l’éducation, les déplacements, le vivre-ensemble, le développement durable et les commerces.

Quels sont selon vous les avantages d’utiliser une plateforme numérique pour associer les citoyens ?

Une plateforme numérique encourage un meilleur partage des idées. Ils suscitent davantage de retours de la part des habitants. Enfin, ils génèrent plus de résultats quantitatifs en comparaison aux dispositifs physiques.

Quels résultats et avantages obtenez-vous avec iD CITY en complémentarité des dispositifs physiques existants ?

Les concertations numériques que nous avons pu mener avec iD CITY ont été complémentaires à nos dispositifs physiques existants car elles nous ont permis de récolter davantage d’idées, de partages et de commentaires.

Sur quels prochains projets pensez-vous mener une concertation incluant un volet numérique ?

À ce jour, il est encore trop tôt pour répondre à cette question car à moyen ou long terme, nous n’avons pas encore de projet de concertation incluant un volet numérique.

En quoi le recours à des concertations numériques peut-il faire évoluer la manière de gérer les collectivités ?

Les concertations numériques sont des outils au service de la participation citoyenne qui permettent de mobiliser l’intelligence collective comme source de solutions innovantes.

En quoi les concertations numériques peuvent-elles contribuer à renforcer le lien de proximité entre élus, agents et citoyens ?

Ce sont des solutions qui donnent la possibilité à de nombreuses personnes de travailler ensemble. Les concertations numériques contribuent à renforcer le lien de proximité entre élus, agents et citoyens car elles facilitent l’interaction. Elles permettent également de renforcer la participation de la jeune population (15-25 ans) dans la vie citoyenne.

Interview de Charlotte Libert-Albanel, maire de Vincennes

Rencontre avec Charlotte Libert-Albanel, maire de Vincennes.

La ville de Vincennes (49500 habitants, située dans le Val-de-Marne) utilise la concertation numérique en complément des dispositifs physiques existants. Rencontre avec Charlotte Libert-Albanel, maire de Vincennes. Entretien réalisé au mois de février 2018.

Quels sont les dispositifs physiques en place dans votre ville favorisant le dialogue avec les citoyens ?

Chaque année, la ville de Vincennes organise cinq réunions de quartier ainsi que trois ateliers de quartier thématiques en petits groupes. Des comités consultatifs sont aussi mis en place autour de différentes thématiques : culture, sport, affaires sociales, handicap, tourisme, relations internationales, famille ou encore santé. Parmi les dispositifs physiques en place dans notre ville, nous avons également le Conseil Municipal des Enfants, le Conseil des Jeunes de Vincennes et le Conseil des Seniors de Vincennes. Quant à l’Atelier agenda 21, il questionne les problématiques liés au développement durable. Enfin, des tentes sont installées au minimum deux fois par an dans le cadre de l’événement “Les Élus à votre rencontre”.

Quels sont pour vous les avantages de ces dispositifs ?

Les dispositifs physiques présentent trois principaux avantages : la proximité avec les représentants et les élus ; l’expression, le fait de faire entendre sa voix ; et l’échange d’idées qui crée du lien social.

Quels sont pour vous les limites de ces dispositifs ?

On retrouve souvent les mêmes personnes qui s’investissent dans le cadre de ces dispositifs physiques. De plus, ces derniers s’adaptent peu aux modes de vie des gens, en matière de travail, de transport ou encore de vie de famille. Il est donc parfois difficile de trouver le temps de s’investir. Enfin, ces dispositifs physiques souffrent d’une faible participation. Ils favorisent une présence passive du public, dont la majorité ne fait qu’assister aux échanges menés par un petit nombre de personnes avec les élus.

Quelles concertations avez-vous par exemple mené avec iD CITY ?

Nous avons mené une grande concertation intitulée “Ensemble Simplifions Innovons” autour de douze thématiques phares visant à simplifier les démarches administratives, améliorer le cadre de vie, l’accessibilité pour les personnes âgées, les transports urbains, la vie associative, l’emploi et l’attractivité économique, etc.

Quels sont selon vous les avantages d’utiliser une plateforme numérique pour associer les citoyens ?

Une plateforme numérique associe différemment les citoyens car elle s’adapte aux emplois du temps et au mode de vie des habitants. Elle peut toucher ainsi plus de monde. La facilité d’expression est davantage libérée face à un écran qu’en face à face. Elle offre un rapport au territoire plus ouvert et nous permet donner de la visibilité globale aux actions. Elle encourage le développement des échanges, des interactions et répond aussi à l’attente d’interactivité des citoyens en tissant une relation entre la collectivité en tant qu’organisation publique et eux.

Quels résultats et avantages obtenez-vous avec iD CITY en complémentarité des dispositifs physiques existants ?

L’utilisation de la plateforme numérique a permis de recueillir près de 200 propositions de Vincennois lors d’une consultation externe, et près de 250 pour la consultation interne de nos agents. Davantage de personnes ont donc eu la possibilité de s’engager dans notre démarche participative.

Sur quels prochains projets pensez-vous mener une concertation incluant un volet numérique ?

La ville doit mener une réflexion sur les articulations entre consultations physiques et numériques. Une consultation physique va par exemple être menée sur l’extension d’un des marchés d’approvisionnement de notre ville et se doublera d’une concertation en ligne.

En quoi le recours à des concertations numériques peut-elle faire évoluer la manière de gérer les collectivités ?

Le recours à des concertations numériques engendre un plus large éventail de propositions et de témoignages qui permettent de mieux comprendre les besoins et les problématiques des citoyens. Cela met en valeur l’image de la collectivité et ses actions. Cela permet aussi de modifier la posture de la collectivité vis-à-vis des citoyens. La concertation numérique encourage le développement de la participation des citoyens qui deviennent acteurs du changement en pouvant participer dès qu’ils le souhaitent.

En quoi les concertations numériques peuvent-elles contribuer à renforcer le lien de proximité entre élus, agents et citoyens ?

Les concertations numériques contribuent à renforcer le lien de proximité entre élus, agents et citoyens car elles apportent un mode de communication différent. Elles créent une émulation des actions individuelles, ce qui permet de trouver des points convergents et de créer des processus collectifs, facteur de lien social. Enfin, elles permettent à des publics de s’exprimer alors qu’ils ne le feraient pas autrement.

Interview de Thérèse Thiery, maire de Lanester

Rencontre avec Thérèse Thiery, maire de Lanester à-propos de la plateforme de budget participatif

La ville de Lanester (22 000 habitants, située dans le Morbihan) a recours à une plateforme numérique de budget participatif pour renforcer l’efficacité de son processus. Rencontre avec Thérèse Thiery, maire de Lanester. Entretien réalisé au mois de février 2018.

Quels sont les dispositifs physiques en place dans votre ville favorisant le dialogue avec les citoyens ?

Nous avons des dispositifs de « proximité » comme des permanences pour faciliter les rencontres entre élus et habitants, notamment sur le marché. Nous organisons également des visites de quartier une fois par an dans chaque quartier, ainsi que des « Assemblées de quartier » qui prennent la forme de réunions publiques d’information sur chaque quartier, au rythme de deux fois par an, pour informer de l’actualité locale de la ville. Nous avons aussi mis en place des dispositifs de concertation, avec par exemple un cycle annuel intitulé « Vous en pensez quoi ? », sur une période de trois mois de débats selon différentes méthodes et sur un sujet sur lequel la Ville va agir. De manière ponctuelle, nous mettons également en place des ateliers citoyens, via des groupes de quinze à vingt personnes, sur différentes thématiques. La mise en œuvre d’un budget participatif favorise aussi le dialogue avec les citoyens, de même que l’existence de maisons de quartier, la promotion des associations, l’instauration d’un conseil municipal des enfants, l’organisation de rencontres annuelles avec les associations ou encore avec les commerçants.

Quels sont pour vous les avantages de ces dispositifs ?

Les avantages des dispositifs physiques sont multiples. Si je devais en citer un en particulier, ce serait leur capacité à susciter une confrontation de points de vue. En matière de dialogue avec les citoyens, un dispositif physique reste plus engageant qu’une concertation numérique car l’efficacité d’une construction collective uniquement en ligne est moins évidente.

Quels sont pour vous les limites de ces dispositifs ?

En effet, les dispositifs physiques présentent aussi leurs limites… Par exemple, proportionnellement à la population de la ville, ils bénéficient d’une faible participation alors qu’un volet numérique d’une concertation élargit le spectre de participants. Il va mobiliser des catégories sociales plus populaires, des participants plus jeunes, etc. C’est pour cela que les approches physiques et numériques sont complémentaires dans le cadre d’une démarche globale de concertation citoyenne.

Quelles concertations numériques avez-vous déjà mené avec iD CITY ?

Nous avons mené une concertation avec iD CITY dans le cadre d’un cycle « Vous en pensez quoi ? » sur l’aménagement d’un espace public. Pour ce faire, nous eu recours à la plateforme pour recueillir des idées pendant trois mois. Nous avons également utilisé la plateforme d’iD CITY à deux reprises dans le cadre du budget participatif, pour la phase de dépôt des projets puis pour le vote final.

Quels sont selon vous les avantages d’utiliser une plateforme numérique de budget participatif pour associer les citoyens ?

L’utilisation d’une plateforme numérique permet d’augmenter l’inclusion des dispositifs. Par exemple dans le cadre du budget participatif, le recours à un volet numérique a permis de toucher beaucoup plus de publics que nos autres dispositifs. L’un des avantages est que cela amoindrit le niveau de contrainte d’entrée dans les dispositifs participatifs : on y participe quand on veut et le temps qu’on veut. C’est plus souple, plus facile d’accès et plus attractif.

Quels résultats et avantages obtenez-vous avec iD CITY en complémentarité des dispositifs physiques existants ?

Si je prends l’exemple du budget participatif en 2017, en deux mois, 93 projets ont été déposés, pour un total de 291 commentaires et plus de 6000 likes. Le vote final a rassemblé 1540 votants, dont 1300 en ligne via la plateforme numérique.

Sur quels prochains projets pensez-vous mener une concertation incluant un volet numérique ?

Nous comptons mener une concertation incluant un volet numérique en 2018, dans le cadre de la nouvelle édition du budget participatif. Un travail de réflexion est également en cours sur la mise en œuvre d’une plateforme web globale dédiée à la participation, comme dispositif à part entière et pérenne dans le temps, au-delà du seul budget participatif. Donc potentiellement, nous souhaitons mener des concertations avec un volet numérique sur de multiples sujets et avec de multiples outils, avec l’objectif d’exploiter au maximum les fonctionnalités de la nouvelle version de la plateforme proposée par iD CITY.

En quoi le recours à des concertations numériques peut-elle faire évoluer la manière de gérer les collectivités ?

Selon nous, la concertation numérique n’est pas différente en soi de la concertation tout cours. C’est juste un outil supplémentaire à disposition, avec ses intérêts certains comme l’inclusion, et aussi ses limites, comme une certaine superficialité de la participation qui peut être moins impliquante ou engageante pour les participants ou qui peut s’accompagner d’une plus grande difficulté à confronter les points de vue. La concertation numérique ne peut même sans doute être pertinente qu’à partir du moment où elle entre en complémentarité avec des dispositifs qui ont une réalité physique.

En quoi les concertations numériques peuvent-elles contribuer à renforcer le lien de proximité entre élus, agents et citoyens ?

Tout outil qui offre un espace de parole a vocation à renforcer ce lien de proximité entre élus, agents et citoyens. Dans ce cadre, une concertation numérique est un outil de plus à disposition pour renforcer ce lien. Prenons l’exemple d’un élu qui tient un stand sur un marché pour être au contact des citoyens : il est présent à des horaires précis, auprès d’habitants qui ont l’habitude d’aller au marché et qui sont disponibles pour s’y rendre. Or cela écarte potentiellement de nombreux habitants pris par leur vie active, des enfants à s’occuper, etc. Une concertation numérique permet dès lors une plus grande flexibilité au niveau de la participation des citoyens.