Interview d’Yves Bleunven, maire de la Ville de Grand-Champ

Rencontre avec Yves Bleunven sur la concertation numérique à Grand-Champ

La ville de Grand-Champ (5 300 habitants, située dans le Morbihan) a recours à la concertation numérique en complément des dispositifs physiques existants. Rencontre avec Yves Bleunven, Maire de Grand-Champ. Entretien réalisé au mois de mars 2018.

Quels sont les dispositifs physiques en place dans votre ville favorisant le dialogue avec les citoyens ?

Parmi les dispositifs physiques existants, nous avons par exemple mis en place une boîte à idées numérique dans le but de favoriser le dialogue avec les citoyens. Nous organisons également des enquêtes et des réunions citoyennes de concertation de la population.

Quels sont pour vous les avantages de ces dispositifs ?

Ces dispositifs physiques permettent à chaque habitant d’être acteur de son quotidien. Ils favorisent l’émergence d’idées nouvelles en faisant fonctionner l’intelligence collective. En d’autres termes, ils enrichissent les champs des possibles en matière de concertation citoyenne.

Quelles sont pour vous les limites de ces dispositifs ?

Cette culture de la citoyenneté se heurte parfois à l’esprit « consommateur » des habitants du territoire.

Quelles concertations numériques avez-vous déjà menées avec iD CITY ?

Avec la plateforme proposée par iD CITY, nous avons par exemple mené des concertations numériques pour trouver un nom à la nouvelle salle de sport de notre ville. Nous nous en sommes également servis comme outil pour que les habitants puissent poser des questions à l’équipe municipale au moment du bilan à mi-mandat.

Quels sont selon vous les avantages d’utiliser une plateforme numérique pour associer les citoyens ?

Une plateforme numérique est plus ouverte et offre plus de possibilités au niveau de la modération des participations. Elle permet de faire davantage émerger les vraies attentes des citoyens.

Quels résultats et avantages obtenez-vous avec iD CITY en complémentarité des dispositifs physiques existants ?

À ce jour, les concertations numériques ont permis de récolter près d’une centaine d’idées déposées via la plateforme, dont un bon tiers qui ont vu le jour.

Sur quels prochains projets pensez-vous mener une concertation incluant un volet numérique ?

Nous comptons mener une concertation incluant un volet numérique dans le cadre du plan de requalification du bourg qui va déterminer le futur aménagement du centre ville, projet où trois pistes d’architecture urbanistique seront soumises aux avis aux citoyens.

En quoi le recours à des concertations numériques peut-il faire évoluer la manière de gérer les collectivités ?

Le recours à des concertations numériques a ce grand avantage qu’il permet de toucher des publics que l’on n’atteint pas avec les formats de consultation plus classiques. Nous pouvons ainsi mieux toucher les actifs qui sont très connectés mais qui ont peu de temps ou encore les personnes qui ne sont pas fans des grandes réunions. Nous avons aussi plus de la moitié de nos habitants qui vivent dans nos villages. Les concertations dématérialisées permettent de les impliquer malgré cette forme d’éloignement.

En quoi les concertations numériques peuvent-elles contribuer à renforcer le lien de proximité entre élus, agents et citoyens ?

Les concertations numériques contribuent à renforcer le lien de proximité entre élus, agents et citoyens car les échanges qu’elles suscitent ont lieu en direct via la plateforme. Quand nous recevons une idée, elle est directement confiée à l’élu(e) en charge du domaine. Celui-ci ou celle-ci entre ensuite en échange (par mail, rencontre, téléphone…) avec l’auteur de cette idée afin d’aller plus loin. Quand l’idée est réalisée – par exemple le projet de créer une association “l’outil en main”, l’auteur de cette dernière est en permanence mis en avant et impliqué dans sa réalisation.

Interview de Julie Dos Santos, chargée de communication numérique de la Ville des Mureaux

Rencontre avec Julie Dos Santos, chargée de communication numérique de la Ville des Mureaux

La ville des Mureaux (32 000 habitants, située dans les Yvelines) a recours à la concertation numérique en complément des dispositifs physiques existants. Rencontre avec Julie Dos Santos, chargée de la communication numérique à la Mairie. Entretien réalisé au mois de mars 2018.

Quels sont les dispositifs physiques en place dans votre ville favorisant le dialogue avec les citoyens ?

Afin de favoriser le dialogue avec les citoyens, nous avons des ressources humaines dédiées, à savoir des agents de développement local. Nous organisons également des réunions publiques et nous avons mis en place une application mobile à travers la rubrique « signalements » pour que les citoyens puissent faire monter des informations de manière spontanée.

Quels sont pour vous les avantages de ces dispositifs ?

Ces dispositifs physiques permettent de renforcer l’accompagnement des projets locaux dans le cadre des dispositifs de développement des territoires. Ils assurent également une meilleure coordination et animation du réseau des acteurs locaux.

Quelles sont pour vous les limites de ces dispositifs ?

La plupart du temps, ces dispositifs physiques ne concernent qu’une partie de la population. De plus, ils peuvent être très recentrés sur un même espace géographique, comme un quartier de la ville.

Quelles concertations numériques avez-vous déjà menées avec iD CITY ?

Nous avons mené plusieurs concertations numériques sur le projet « Les Mureaux 2030 » autour de cinq thématiques : l’éducation, les déplacements, le vivre-ensemble, le développement durable et les commerces.

Quels sont selon vous les avantages d’utiliser une plateforme numérique pour associer les citoyens ?

Une plateforme numérique encourage un meilleur partage des idées. Ils suscitent davantage de retours de la part des habitants. Enfin, ils génèrent plus de résultats quantitatifs en comparaison aux dispositifs physiques.

Quels résultats et avantages obtenez-vous avec iD CITY en complémentarité des dispositifs physiques existants ?

Les concertations numériques que nous avons pu mener avec iD CITY ont été complémentaires à nos dispositifs physiques existants car elles nous ont permis de récolter davantage d’idées, de partages et de commentaires.

Sur quels prochains projets pensez-vous mener une concertation incluant un volet numérique ?

À ce jour, il est encore trop tôt pour répondre à cette question car à moyen ou long terme, nous n’avons pas encore de projet de concertation incluant un volet numérique.

En quoi le recours à des concertations numériques peut-il faire évoluer la manière de gérer les collectivités ?

Les concertations numériques sont des outils au service de la participation citoyenne qui permettent de mobiliser l’intelligence collective comme source de solutions innovantes.

En quoi les concertations numériques peuvent-elles contribuer à renforcer le lien de proximité entre élus, agents et citoyens ?

Ce sont des solutions qui donnent la possibilité à de nombreuses personnes de travailler ensemble. Les concertations numériques contribuent à renforcer le lien de proximité entre élus, agents et citoyens car elles facilitent l’interaction. Elles permettent également de renforcer la participation de la jeune population (15-25 ans) dans la vie citoyenne.

Interview de Charlotte Libert-Albanel, maire de Vincennes

Rencontre avec Charlotte Libert-Albanel, maire de Vincennes.

La ville de Vincennes (49500 habitants, située dans le Val-de-Marne) utilise la concertation numérique en complément des dispositifs physiques existants. Rencontre avec Charlotte Libert-Albanel, maire de Vincennes. Entretien réalisé au mois de février 2018.

Quels sont les dispositifs physiques en place dans votre ville favorisant le dialogue avec les citoyens ?

Chaque année, la ville de Vincennes organise cinq réunions de quartier ainsi que trois ateliers de quartier thématiques en petits groupes. Des comités consultatifs sont aussi mis en place autour de différentes thématiques : culture, sport, affaires sociales, handicap, tourisme, relations internationales, famille ou encore santé. Parmi les dispositifs physiques en place dans notre ville, nous avons également le Conseil Municipal des Enfants, le Conseil des Jeunes de Vincennes et le Conseil des Seniors de Vincennes. Quant à l’Atelier agenda 21, il questionne les problématiques liés au développement durable. Enfin, des tentes sont installées au minimum deux fois par an dans le cadre de l’événement “Les Élus à votre rencontre”.

Quels sont pour vous les avantages de ces dispositifs ?

Les dispositifs physiques présentent trois principaux avantages : la proximité avec les représentants et les élus ; l’expression, le fait de faire entendre sa voix ; et l’échange d’idées qui crée du lien social.

Quels sont pour vous les limites de ces dispositifs ?

On retrouve souvent les mêmes personnes qui s’investissent dans le cadre de ces dispositifs physiques. De plus, ces derniers s’adaptent peu aux modes de vie des gens, en matière de travail, de transport ou encore de vie de famille. Il est donc parfois difficile de trouver le temps de s’investir. Enfin, ces dispositifs physiques souffrent d’une faible participation. Ils favorisent une présence passive du public, dont la majorité ne fait qu’assister aux échanges menés par un petit nombre de personnes avec les élus.

Quelles concertations avez-vous par exemple mené avec iD CITY ?

Nous avons mené une grande concertation intitulée “Ensemble Simplifions Innovons” autour de douze thématiques phares visant à simplifier les démarches administratives, améliorer le cadre de vie, l’accessibilité pour les personnes âgées, les transports urbains, la vie associative, l’emploi et l’attractivité économique, etc.

Quels sont selon vous les avantages d’utiliser une plateforme numérique pour associer les citoyens ?

Une plateforme numérique associe différemment les citoyens car elle s’adapte aux emplois du temps et au mode de vie des habitants. Elle peut toucher ainsi plus de monde. La facilité d’expression est davantage libérée face à un écran qu’en face à face. Elle offre un rapport au territoire plus ouvert et nous permet donner de la visibilité globale aux actions. Elle encourage le développement des échanges, des interactions et répond aussi à l’attente d’interactivité des citoyens en tissant une relation entre la collectivité en tant qu’organisation publique et eux.

Quels résultats et avantages obtenez-vous avec iD CITY en complémentarité des dispositifs physiques existants ?

L’utilisation de la plateforme numérique a permis de recueillir près de 200 propositions de Vincennois lors d’une consultation externe, et près de 250 pour la consultation interne de nos agents. Davantage de personnes ont donc eu la possibilité de s’engager dans notre démarche participative.

Sur quels prochains projets pensez-vous mener une concertation incluant un volet numérique ?

La ville doit mener une réflexion sur les articulations entre consultations physiques et numériques. Une consultation physique va par exemple être menée sur l’extension d’un des marchés d’approvisionnement de notre ville et se doublera d’une concertation en ligne.

En quoi le recours à des concertations numériques peut-elle faire évoluer la manière de gérer les collectivités ?

Le recours à des concertations numériques engendre un plus large éventail de propositions et de témoignages qui permettent de mieux comprendre les besoins et les problématiques des citoyens. Cela met en valeur l’image de la collectivité et ses actions. Cela permet aussi de modifier la posture de la collectivité vis-à-vis des citoyens. La concertation numérique encourage le développement de la participation des citoyens qui deviennent acteurs du changement en pouvant participer dès qu’ils le souhaitent.

En quoi les concertations numériques peuvent-elles contribuer à renforcer le lien de proximité entre élus, agents et citoyens ?

Les concertations numériques contribuent à renforcer le lien de proximité entre élus, agents et citoyens car elles apportent un mode de communication différent. Elles créent une émulation des actions individuelles, ce qui permet de trouver des points convergents et de créer des processus collectifs, facteur de lien social. Enfin, elles permettent à des publics de s’exprimer alors qu’ils ne le feraient pas autrement.

Interview de Thérèse Thiery, maire de Lanester

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Rencontre avec Thérèse Thiery, maire de Lanester à-propos de la plateforme de budget participatif

La ville de Lanester (22 000 habitants, située dans le Morbihan) a recours à une plateforme numérique de budget participatif pour renforcer l’efficacité de son processus. Rencontre avec Thérèse Thiery, maire de Lanester. Entretien réalisé au mois de février 2018.

Quels sont les dispositifs physiques en place dans votre ville favorisant le dialogue avec les citoyens ?

Nous avons des dispositifs de « proximité » comme des permanences pour faciliter les rencontres entre élus et habitants, notamment sur le marché. Nous organisons également des visites de quartier une fois par an dans chaque quartier, ainsi que des « Assemblées de quartier » qui prennent la forme de réunions publiques d’information sur chaque quartier, au rythme de deux fois par an, pour informer de l’actualité locale de la ville. Nous avons aussi mis en place des dispositifs de concertation, avec par exemple un cycle annuel intitulé « Vous en pensez quoi ? », sur une période de trois mois de débats selon différentes méthodes et sur un sujet sur lequel la Ville va agir. De manière ponctuelle, nous mettons également en place des ateliers citoyens, via des groupes de quinze à vingt personnes, sur différentes thématiques. La mise en œuvre d’un budget participatif favorise aussi le dialogue avec les citoyens, de même que l’existence de maisons de quartier, la promotion des associations, l’instauration d’un conseil municipal des enfants, l’organisation de rencontres annuelles avec les associations ou encore avec les commerçants.

Quels sont pour vous les avantages de ces dispositifs ?

Les avantages des dispositifs physiques sont multiples. Si je devais en citer un en particulier, ce serait leur capacité à susciter une confrontation de points de vue. En matière de dialogue avec les citoyens, un dispositif physique reste plus engageant qu’une concertation numérique car l’efficacité d’une construction collective uniquement en ligne est moins évidente.

Quels sont pour vous les limites de ces dispositifs ?

En effet, les dispositifs physiques présentent aussi leurs limites… Par exemple, proportionnellement à la population de la ville, ils bénéficient d’une faible participation alors qu’un volet numérique d’une concertation élargit le spectre de participants. Il va mobiliser des catégories sociales plus populaires, des participants plus jeunes, etc. C’est pour cela que les approches physiques et numériques sont complémentaires dans le cadre d’une démarche globale de concertation citoyenne.

Quelles concertations numériques avez-vous déjà mené avec iD CITY ?

Nous avons mené une concertation avec iD CITY dans le cadre d’un cycle « Vous en pensez quoi ? » sur l’aménagement d’un espace public. Pour ce faire, nous eu recours à la plateforme pour recueillir des idées pendant trois mois. Nous avons également utilisé la plateforme d’iD CITY à deux reprises dans le cadre du budget participatif, pour la phase de dépôt des projets puis pour le vote final.

Quels sont selon vous les avantages d’utiliser une plateforme numérique de budget participatif pour associer les citoyens ?

L’utilisation d’une plateforme numérique permet d’augmenter l’inclusion des dispositifs. Par exemple dans le cadre du budget participatif, le recours à un volet numérique a permis de toucher beaucoup plus de publics que nos autres dispositifs. L’un des avantages est que cela amoindrit le niveau de contrainte d’entrée dans les dispositifs participatifs : on y participe quand on veut et le temps qu’on veut. C’est plus souple, plus facile d’accès et plus attractif.

Quels résultats et avantages obtenez-vous avec iD CITY en complémentarité des dispositifs physiques existants ?

Si je prends l’exemple du budget participatif en 2017, en deux mois, 93 projets ont été déposés, pour un total de 291 commentaires et plus de 6000 likes. Le vote final a rassemblé 1540 votants, dont 1300 en ligne via la plateforme numérique.

Sur quels prochains projets pensez-vous mener une concertation incluant un volet numérique ?

Nous comptons mener une concertation incluant un volet numérique en 2018, dans le cadre de la nouvelle édition du budget participatif. Un travail de réflexion est également en cours sur la mise en œuvre d’une plateforme web globale dédiée à la participation, comme dispositif à part entière et pérenne dans le temps, au-delà du seul budget participatif. Donc potentiellement, nous souhaitons mener des concertations avec un volet numérique sur de multiples sujets et avec de multiples outils, avec l’objectif d’exploiter au maximum les fonctionnalités de la nouvelle version de la plateforme proposée par iD CITY.

En quoi le recours à des concertations numériques peut-elle faire évoluer la manière de gérer les collectivités ?

Selon nous, la concertation numérique n’est pas différente en soi de la concertation tout cours. C’est juste un outil supplémentaire à disposition, avec ses intérêts certains comme l’inclusion, et aussi ses limites, comme une certaine superficialité de la participation qui peut être moins impliquante ou engageante pour les participants ou qui peut s’accompagner d’une plus grande difficulté à confronter les points de vue. La concertation numérique ne peut même sans doute être pertinente qu’à partir du moment où elle entre en complémentarité avec des dispositifs qui ont une réalité physique.

En quoi les concertations numériques peuvent-elles contribuer à renforcer le lien de proximité entre élus, agents et citoyens ?

Tout outil qui offre un espace de parole a vocation à renforcer ce lien de proximité entre élus, agents et citoyens. Dans ce cadre, une concertation numérique est un outil de plus à disposition pour renforcer ce lien. Prenons l’exemple d’un élu qui tient un stand sur un marché pour être au contact des citoyens : il est présent à des horaires précis, auprès d’habitants qui ont l’habitude d’aller au marché et qui sont disponibles pour s’y rendre. Or cela écarte potentiellement de nombreux habitants pris par leur vie active, des enfants à s’occuper, etc. Une concertation numérique permet dès lors une plus grande flexibilité au niveau de la participation des citoyens.

Interview de Guillaume Bégué, maire de Liffré

Rencontre avec Guillaume Bégué, maire de Liffré à-propos  de la plateforme de concertation numérique.

La ville de Liffré (7500 habitants, située dans l’Ille-et-Vilaine) commence à avoir recours à la concertation numérique en complément des dispositifs physiques existants. Entretien réalisé au mois de mars 2018.

Quels sont les dispositifs physiques en place dans votre ville favorisant le dialogue avec les citoyens ?

La ville de Liffré est particulièrement attentive au fait d’être à l’écoute de ses habitants. Divers dispositifs ont été mis en place pour répondre à cette exigence : temps de rencontre avec les élus (sur rendez-vous ou lors de réunions diverses), réunions de concertation, réunions publiques d’information, rencontres lors du bilan des actions menées, commissions extra-municipales, comités consultatifs (CCAS, budget) ou encore via les comités de pilotage de projets tels que le Plan local d’urbanisme (PLU).

Quels sont pour vous les avantages de ces dispositifs ?

Ces dispositifs physiques renforcent le fait d’être à l’écoute des habitants et de les impliquer dans la vie de la ville. Cela les encourage à réfléchir au sujet de nos politiques et de les solliciter sur les choix que nous pouvons faire avec eux, notamment à propos des actions sociales. Il faut que les décisions de la municipalité soient expliquées et comprises, c’est pour cela que nous les consultons au préalable. Enfin, cela permet aussi de prendre en compte les idées et les expertises de chacun dans le processus de décision.

Quels sont pour vous les limites de ces dispositifs ?

Les dispositifs physiques sont confrontés à des difficultés pour mobiliser certains habitants. Nous retrouvons par exemple souvent les mêmes citoyens lors des rencontres. Il nous faut donc mobiliser de nouveaux moyens pour toucher davantage d’habitants lorsque ceux-ci ne peuvent ou n’osent pas venir vers nous.

Quelles concertations numériques avez-vous déjà mené avec iD CITY ?

À ce jour, nous avons juste mené une concertation en interne afin de faire connaître l’outil aux élus et aux agents de la commune, au sujet du repas de fin d’année et des temps de convivialité. Un projet de concertation citoyenne via un volet numérique est à l’étude pour fin mars / début avril 2018.

Quels sont selon vous les avantages d’utiliser une plateforme numérique pour associer les citoyens ?

Je dirais que le principal avantage est que cela permet de toucher plus d’habitants et notamment ceux que nous avons moins l’habitude de voir. De plus, cela rend possible une plus grande diversification des modalités de contacts et de concertation. Enfin, cela permet aussi à chacun de donner son avis au moment où il est disponible.

Quels résultats et avantages obtenez-vous avec iD CITY en complémentarité des dispositifs physiques existants ?

Pour le moment, nous n’avons pas encore le recul nécessaire pour mesurer l’impact du recours à une concertation numérique. Nous aurons un premier retour concret sur expérience après avoir lancé une première consultation via ce nouvel outil.

Sur quels prochains projets pensez-vous mener une concertation incluant un volet numérique ?

Parmi les projets en cours, non validés à ce jour, nous souhaitons récolter l’avis des habitants à propos de leur perception de la notion de citoyenneté. Nous allons également lancer une consultation numérique au sujet de la rénovation du centre-ville de Liffré au printemps 2018.

En quoi le recours à des concertations numériques peut-elle faire évoluer la manière de gérer les collectivités ?

Dans les dispositifs de gouvernance territoriale et avec l’appui d’outils web spécifiques et collaboratifs, les concertations numériques étendent, sans les remplacer, les capacités d’interaction avec les agents (en interne) et les citoyens (en externe). Elles peuvent aider à structurer le débat tout au long du processus de décision, ainsi qu’à garder le lien et permettre un accès à l’information sur l’état d’avancement des projets.

En quoi les concertations numériques peuvent-elles contribuer à renforcer le lien de proximité entre élus, agents et citoyens ?

Le recours à des concertations numériques peuvent contribuer à renforcer le lien de proximité entre élus, agents et citoyens car elles permettent d’intégrer les habitants aux orientations des politiques et des projets locaux qui leur sont destinés. Le lien de proximité est encouragé par l’interactivité et la quasi-instantanéité qu’offre ce type de consultation dématérialisée. Néanmoins, cela nécessite aussi de s’assurer de la bonne accessibilité à ces outils, parfois mise à mal par la fracture numérique.

Budget participatif : les origines

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Lorsque l’on retrace l’historique des premières initiatives de budgets participatifs ou même de démocratie locale, l’exemple de Porto Alegre est souvent le premier à être cité. Pour mieux comprendre les raisons de la mise en place du premier budget participatif au monde, il est nécessaire de bien resituer le contexte historique et politique du Brésil dans les années 1980.

En 1985, la dictature militaire prend fin au Brésil après 21 années pendant lesquelles corruption et clientélisme sont devenus monnaie courante. Le pays se reconstruit progressivement en rédigeant notamment une nouvelle constitution dans laquelle est inscrit pour la première fois, le concept d’exercice direct de la souveraineté du peuple.
Olivio Dultra, du Parti des travailleurs, est élu en 1988 à la municipalité de Porto Alegre, capital de la province du Rio Grande do Sul et ville de plus d’un million trois cent mille habitants. Il est animé par une forte volonté d’amélioration de la vie quotidienne des plus pauvres et de rendre un pouvoir décisionnel aux citoyens. La première expérience de budget participatif apparaît en 1989.

Un succès progressif

La ville a été divisée en secteurs régionaux et thématiques pour permettre une participation populaire, universelle et direct. L’organisation du budget participatif est composée de plusieurs strates.
Le premier niveau de réflexion est animé par des associations thématiques ou bien, le plus souvent, par des associations d’habitants. Ces associations sont composées, en grande partie, d’habitants issus de catégories sociales moyennes et pauvres. Au cours des réunions, les problèmes spécifiques du quartier sont évoqués et les priorités sont définies.

Le deuxième stade est celui des assemblées plénières, pendant lesquelles toute personne intéressée peut participer. Lors de ces assemblées, des délégués du budget participatif sont élus. Ces derniers éliront à leur tour des conseillers du budget participatif qui prendront part au Conseil du budget participatif.
L’organisation et la mise en place du budget participatif ont été amené à évoluer au fil des années. Sont par exemple apparus en 1994, des assemblées thématiques au nombre de six. Elles avaient pour but d’aborder des thèmes qui n’étaient pas spontanément présentés par les associations de quartier et qui n’impliquent donc pas certaines parties de la population (les jeunes, les professionnels de la santé, les acteurs économiques etc.)

Bien que le succès soit timide les premières années ( 780 participants la première année), l’amélioration progressive du système mis en place et la persévérance de la municipalité ont permis d’atteindre la participation de plus de 18 500 personnes en 2001.

De multiples impacts

L’initiative a eu un impact positif sur toutes les parties prenantes de la ville à différents niveaux. Pour les élus, un nouveau lien à été créé avec les citoyens. Le budget participatif a permis de mieux appréhender les besoins et les souhaits de la population. Pour les techniciens, le recueil d’information est optimisé. Pour les citoyens, c’est le moyen de découvrir le fonctionnement de la collectivité, ainsi que les contraintes qui lui sont propres. Le budget participatif incite à la mobilisation et à la responsabilisation des citoyens. Il permet une plus grande transparence dans la gestion des budgets municipaux et un contrôle dans l’application des décisions. De plus, ce sont majoritairement les personnes les plus défavorisées qui se sont mobilisées. Elles ont donc été les premières à bénéficier des mesures adoptées. Le budget participatif s’avère donc être un dispositif inclusif des populations exclues de la politique traditionnelle.

La dimension politique est indéniable dans la mise en place du budget participatif. Bien sûr, le contexte historique y est pour beaucoup. De ce fait, le projet ayant débuté en 1989 après l’élection du candidat du Parti des Travailleurs en 1988, il a été reconduit d’année en année avec toujours plus de succès et de participation.
Ceci étant, le Parti des Travailleurs subit un échec électoral en 2004. L’usure du pouvoir, une certaine insatisfaction de la classe moyenne et la promesse de maintien du budget participatif par l’opposition expliquent, en partie, cette défaite. Le budget participatif fut maintenu, mais intégré à un nouveau processus : la gouvernance solidaire locale. Mais cette nouveauté ne se montre pas aussi efficace. La distance entre les citoyens et leur pouvoir décisionnel se creuse.

Quel est l’héritage de Porto Alegre aujourd’hui ?

Bien que le budget participatif de Porto Alegre ait progressivement perdu de son influence, de nombreuses municipalités brésiliennes se sont inspirées de cette initiative. De nouveaux budgets participatifs ont commencé à émerger. Les Forums Sociaux Mondiaux (2001, 2003, 2004) à Porto Alegre ont d’ailleurs contribué à la diffusion du modèle à travers le monde. En France, les premiers budgets participatifs apparaissent dès le début des années 2000. Comme à Porto Alegre, les premières initiatives françaises sont basées sur un registre idéologique, dont la perspective est la justice sociale.
Au fil des années, les budgets participatifs se sont inscrits dans une nouvelle logique. De nos jours, les initiatives existantes en France visent à booster la participation citoyenne. Sa dimension de justice sociale est moins présente mais certaines communes favorisent spécifiquement les quartiers les moins favorisés, à l’image de Porto Alegre.
Bien que pionnière, l’initiative brésilienne n’est pas tout à fait réplicable pour les communes qui désirent s’engager dans ce type de démarche de participation citoyenne.
Néanmoins, les expériences françaises de budgets participatifs se multiplient et rencontrent du succès. En guise d’exemple chiffré, l’édition 2017 du budget participatif de Lanester c’est : 14% des habitants inscrits sur la plateforme, 93 projets déposés, 6 000 avis citoyens et 1540 participants à la phase de vote. Un succès qui sera accompagné d’autres !